Pourquoi Martin Eden se donne la mort ?

Je suis hospitalisé. Une dépression sévère qui m’a fait perdre tout espoir pendant plusieurs jours.
Aujourd’hui, je vais mieux. Les petits plaisirs recommencent à faire sens. Des projets recommencent à prendre forme.
Et durant ces longues journées d’hospitalisation, j’ai lu “Martin Eden“ de Jack London. Livre fabuleux. C’est d’ailleurs en partie grâce à lui que j’ai décidé d’écrire aujourd’hui sur ce blog.
Pour me permettre de garder une certaine discipline, d’affiner mon style et de garder une mémoire de mes réflexions. Je pense qu’il y a une forme de thérapie qui s’opère lorsqu’on arrive à poser des mots et à faire parler sa pensée.
Et cette discipline que s’est imposé Martin Eden vis-à-vis de la littérature m’a particulièrement inspiré.
Revenons maintenant à Martin Eden.
Toute la dernière partie du livre m’a troublé. Martin atteint le succès. L’amour de sa vie revient vers lui. Il est reconnu pour son oeuvre. Mais malgré tout ça… il est profondément malheureux.
Et il est malheureux pour une raison simple : il s’est fourvoyé sur le monde qu’il souhaitait atteindre. Il s’est élevé grâce aux livres, pensant que cette éducation allait lui ouvrir les portes d’un monde lumineux, délicat, honorable.
Il découvre à la fin que c’est tout le contraire.
Cet univers qu’il réussit enfin à atteindre le méprise pour son talent, mais l’adule finalement lorsqu’il rencontre le succès. Martin ne voit là qu’une forme de superficialité qu’il n’arrive pas à supporter. À plusieurs reprises, il répète : ‘“J’avais fait mon travail“ Autrement dit, la personne qu’il était alors, lorsque tout le mode le méprisait, est la même personne qu’il est là aujourd’hui. À la différence qu’aujourd’hui, le succès frappe à sa porte et qu’une nuée de profiteurs cherchent maintenant à se saisir d’une parcelle de cette notoriété.
Toute cette mascarade lui donne la nausée.
Ce n’est pas le talent et l’effort qui font le mérite. C’est l’approbation de la plèbe.
Cette prise de conscience désole Martin et il préfère à la toute fin mourir, la vie n’ayant plus aucune saveur.
Qu’est-ce que je retiens de cette lecture ?
Que l’amour de Ruth était conditionnée par les conventions et que Martin s’en est aperçu bien trop tard.
Que l’amour véritable est un amour qui cherche à porter l’être aimé vers ses aspirations les plus profondes.
Que la recherche d’une “situation“ est secondaire. Quand la flamme intérieure brûle, nul ne doit l’éteindre.
Qu’il ne faut pas se tromper de “jeu“. Tout au long du livre, Martin semble penser que les magasines sauront apprécier son talent. Que sa maîtrise de la littérature lui permettra de gagner le coeur de Ruth. Mais ce que ces gens apprécient avant tout, c’est l’aura, l’attractivité, cette capacité à faire vendre, quel que soit le talent qu’il possède. C’est cette subordination à cette convention sociale tacite et moribonde.
La leçon que j’en retire : avant de jouer à un “jeu” quelconque, s’assurer d’avoir bien compris les règles, les tenants et aboutissants. Au risque de se perdre et de se rendre compte bien trop tard qu’on est le dindon de la farce…